Kara Scott : le poker et la télé réunis

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2012 : l’année où j’ai bien failli vomir en direct devant la caméra.

C’était la 13e journée d’un marathon de 14 jours de poker à la télé. Nous avons commencé par filmer 10 longues journées lors d’un tournoi normal, suivi par des quarts de 12 heures commençant à 4 h dans un casino où il n’était pas interdit de fumer. Je ne me sentais vraiment pas bien du tout.

À cette époque, je croyais être capable de rester concentrée et de faire mon travail quoi qu’il advienne. Des hommes étranges qui se jettent vers moi tandis que nous filmions des capsules sur la belle ville de Vienne à minuit dans un parc où la température est sous la barre du zéro? Aucun problème. Et faire tout ça en robe alors que la température ne cessait de chuter encore et que quelqu’un devait me recouvrir les jambes entre les prises pour les garder au chaud et m’éviter une hypothermie? Certainement. Nager en pleine fumée de cigarette 12 heures par jour? Rien de plus facile. Ne pas dormir, travailler longtemps et se nourrir uniquement de frites et de club sandwichs de casino? FACILE.

Il m’a fallu un certain temps (et vivre certaines expériences plutôt intenses) pour me rendre compte que de repousser mes limites à un tel point était une mauvaise idée. Avoir un bon esprit d’équipe est super, mais, alors que je me ruais à la salle de bain pour vomir après que le mélange de fumée de cigarette, de froid et d’épuisement ait pris le dessus, je me suis juré de mieux respecter mes limites. Encore heureux que cela ne se soit pas produit devant la caméra. Je ne voulais pas être connue comme « cette femme qui a vomi à la télé ».

Ma vie tourne autour du poker et la télé depuis très longtemps, et je me suis lancée dans ses deux domaines à pieds joints, mais sans formation réelle. C’est peut-être ce qui m’a poussée à apprendre tout ce que je pouvais aussi vite que possible en ne montrant aucune faiblesse.

En matière d’apprentissage, j’ai été servie.

Mes deux précédents articles abordaient six leçons sur la vie et la télé que j’ai apprises grâce au poker. Ce dernier article aborde trois autres choses qui me paraissent importantes.

Ne vous laissez pas mener par votre ego 

Au poker, jouer en suivant votre ego peut ruiner votre solde. Si vous affrontez quelqu’un que vous percevez comme un rival, cet adversaire pourra profiter de la situation pour vous prendre votre argent. Ce n’est pas brillant. Dans le monde de la télé, l’ego met des bâtons dans les roues et rend les objectifs flous.

J’ai travaillé avec beaucoup de personnes devant la caméra : coanimateurs, coprésentateurs et cocommentateurs. Tout se déroule plus facilement lorsque tout le monde cherche à collaborer plutôt que de traiter la situation comme une compétition. Heureusement, c’est pratiquement toujours le premier cas qui prime dans le monde du poker. C’est peut-être dû au fait qu’il s’agit d’un petit secteur d’activité. Cependant, avant de travailler dans le monde poker, j’ai souvent eu d’autres postes à la télé où tout ne s’est pas aussi bien passé.

Je me souviens d’une réunion de production où l’un de mes collègues donnait l’impression de vouloir uniquement prouver aux producteurs qu’il ferait mieux mon travail que moi. C’était il y a très longtemps, alors n’essayez pas de deviner de qui il s’agit; son identité est perdue dans la nuit des temps. En plus de m’avoir blessée (je croyais que cette personne était mon amie!), cela a mis tout le monde mal à l’aise et a détourné l’attention de l’objectif principal, c’est-à-dire produire une excellente émission. 

L’objectif final, qu’il s’agisse de gagner de l’argent au poker ou de produire du contenu de qualité pour la télé, doit demeurer la priorité et la compétition doit être laissée de côté. Il existe une vérité fondamentale : à moins d’être une licorne magique, aucun d’entre nous ne pourra apprécier tous les gens avec qui nous travaillons ou que nous affrontons au poker. Lorsque la compétition au travail commence à éclipser le produit ou le résultat recherché, les gens cessent de prendre de bonnes décisions.

Dans mon for intérieur, je suis férocement compétitive. Cela me pousse surtout à faire le nécessaire pour m’améliorer. Mais lorsque je me sens en compétition avec d’autres personnes, à la télé comme au poker, je dois non seulement garder le contrôle sur ce sentiment, mais aussi m’en débarrasser complètement. Rien n’est plus nocif pour le travail que la compétition ou la haine lorsque celles-ci prennent le dessus sur l’objectif principal.

Au poker, j’ai également été témoin de situation où l’ego d’une personne a entraîné son élimination très tôt lors d’un tournoi. Je me rappelle d’un événement en Europe il y a quelques années où le joueur à ma gauche détestait de façon évidente le joueur assis à ma droite. Pendant environ une heure, j’étais prise au milieu de l’étrange bataille qu’ils se livraient, jusqu’à ce que le joueur à ma gauche ambitionne une fois de trop et se retrouve à devoir rejoindre les spectateurs. Et qui a pris ses jetons? Vous avez deviné : le joueur à ma droite. Il savait que son adversaire se laissait mener par son ego et qu’il finirait par lui remettre sa pile. Il lui suffisait d’attendre le bon moment. 

Ne vous laissez pas mener par votre ego. Il ne vous mène jamais là où vous le souhaitiez.

La peur n’est qu’une excitation déguisée

Comment fait-on pour éviter de se perdre dans ses pensées sur quelque chose, en particulier quelque chose qui nous importe beaucoup?

Le trac n’est pas aussi rare à la télé qu’on peut le croire. Nous pouvons tous être nerveux parfois et, lorsque la pression de se produire en direct devant un nombre immense de gens (y compris toutes les personnes de votre domaine que vous respectez) prend le dessus, même le professionnel le mieux préparé peut avoir un trou de mémoire. 

Bien que ce soit moins le cas qu’auparavant, j’ai vu certains grands joueurs de poker flancher sous la pression en jouant à la télé ou pour de grosses sommes. Lors du WSOP Main Event de 2014, j’effectuais une entrevue avec le professionnel du poker Dan Smith lors d’une pause et il m’a dit quelque chose que je n’ai pas pu oublier. Il m’a dit qu’aucun joueur n’est capable de jouer à son meilleur la première fois qu’une somme pouvant changer leur vie est en jeu. Il était évident à ce moment du tournoi que cela jouait en sa faveur, car bon nombre de ses adversaires ressentaient le genre de pression qu’il avait déjà subie et surmontée il y a longtemps déjà. 

Fiez-vous donc à moi (et à Dan) : nous subissons tous de la nervosité à l’occasion et très peu de personnes ne ressentent aucune pression lors de situations majeures. Que vous ayez peur ou soyez excité, l’adrénaline coulera dans vos veines, votre cœur la dispersera et vous aurez une réaction physique bien réelle.

Il y a quelques années, je croyais être en train de développer un trac. Il a empiré au point où je redoutais qu’il nuise à mon travail; cette inquiétude m’a simplement rendue encore plus anxieuse. Cela peut ruiner la carrière d’une personne comme moi. 

Avant d’aller devant la caméra, en particulier lors d’une diffusion en direct, je vivais un moment de pure panique. Mon visage tournait au blanc, j’avais la nausée et je transpirais des paumes. Que se passera-t-il si j’oublie le nom de quelqu’un devant la caméra? Et si j’oubliais le reportage que j’ai passé les 30 dernières minutes à préparer, à écrire et à apprendre par cœur? Et si je figeais et ne disais absolument rien? Que m’arriverait-il alors? 

Je n’ai pas parlé de ma situation à mes collègues ou à mes amis du monde du poker, alors ils ont tous présumé qu’il n’y avait aucun problème. Parfois, ils se tenaient derrière la caméra et me faisaient des grimaces pour essayer de me distraire à la blague, car, à ce qu’ils croyaient, je n’avais aucun problème à rester concentrée. Ils ne pouvaient pas savoir que me distraire ou le simple fait qu’ils m’observaient me rendait encore plus nerveuse. 

Plus mon cœur battait fort lorsque le petit voyant rouge de la caméra s’allumait, plus j’étais convaincue que j’allais faire une grosse gaffe. La situation s’est empirée à un point tel que je suis allée consulter des amis qui travaillaient dans les domaines du mentorat personnel, de la psychologie et de la télévision. Je crois fermement qu’il faut obtenir l’aide d’un professionnel lorsque c’est nécessaire. Pourquoi souffrir en subissant quelque chose alors que de simplement parler à des experts peut avoir un effet positif indéniable?

Je me souviens qu’un conseil m’a été particulièrement précieux. J’ai lu dans un article que la peur et l’excitation sont des émotions étrangement semblables. Elles provoquent la même réaction physique dans le corps; c’est notre esprit qui l’interprète, soit comme de la peur, soit comme de l’excitation, en fonction de nos expériences et habitudes. Il s’agit peut-être de psychologie populaire pas très crédible (le genre de « connaissances » que je n’apprécie pas trop), mais cette information me semblait un bon outil pour détourner ma réaction d’anxiété.

Avant de passer devant la caméra, je pense à quel point je suis heureuse de pouvoir me trouver là plutôt que de me concentrer sur le fait que j’ai peur de faire une bêtise. Je me suis continuellement répété cela jusqu’à ce que j’y croie. 

Je deviens encore nerveuse à l’occasion, mais c’est maintenant beaucoup plus rare et beaucoup moins intense. Ce n’est plus paralysant et je ne crains plus que ma nervosité ne nuise à mon travail. Avoir surmonté tout cela me rend bien plus confiante face à mon travail, et non pas le contraire. En vérité, je deviens maintenant bien plus nerveuse lorsque je joue au poker que lorsque je suis devant la caméra.

Il ne faut pas se fier à ce que l’on voit à la télé

Le poker ne se résume pas au luxe, aux photos de gagnants et aux gens qui sautent sur les tables pour célébrer leur victoire. C’est plutôt essentiellement une question de grands efforts. Les émissions de poker, particulièrement à leurs débuts, avaient l’habitude de ne présenter que les mains les plus intéressantes plutôt que toutes les mains jouées, comme c’est le cas lors de la table finale du WSOP Main Event ou lors de nombreux événements diffusés en direct.

Les monteurs et les producteurs ont un temps d’antenne limité à remplir sur une chaîne et filtrent donc des heures et des heures de poker pour ne montrer que les pots les plus spectaculaires. On parle ici des plus gros bluffs, de pertes de tapis crève-cœur et des suckouts impressionnants. C’est pour cette raison que je crois que certains téléspectateurs pensent que le poker implique bien plus de bluffs majeurs et de duels de carrés qu’en réalité. 

Les mains les plus divertissantes pour un public général n’illustrent pas nécessairement bien ce qui se passe à une table de poker la majorité du temps. Les joueurs passent beaucoup plus que ce que le poker à la télé ne laissait croire au début des années 2000. Et des pros ont certainement profité à quelques reprises de leur présence à la télé pour se faire de la publicité. Vous pourriez voir un joueur miser toute sa pile sur un bluff avec un 4 en carte haute seulement parce qu’il a des caméras braquées sur lui. Par contre, il n’agirait probablement pas de cette façon lors d’une partie ordinaire à la maison. 

Le poker et la télé se retrouvent tous deux dans la catégorie des choses qui semblent plus faciles et plus glorieuses qu’elles ne le sont en fait. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu des personnes ne pas prendre au sérieux tout le travail nécessaire dans ces deux domaines en disant : « Je pourrais facilement faire la même chose ». Oui, elles le pourraient, mais pas sans grands efforts. De plus, si elles voyaient tout le travail nécessaire, elles changeraient peut-être complètement d’avis.

Ce que l’on voit à la télé est le résultat de nombreuses années de travail acharné, concentré en un seul moment. Lorsque nous voyons les meilleurs joueurs au monde derrière leur pile de jetons, ils ne sont pas là par pure chance. Ils ont passé un nombre incalculable d’heures à jouer, à étudier leurs mains, à discuter avec d’autres experts et à faire un tas d’autres choses du même genre. C’est un processus qui se poursuit tout au long d’une carrière. Et c’est ce qui rend possible tous ces bluffs d’anthologie et tous ces hero calls spectaculaires. Et tout ça est finalement réduit en une émission télé de 60 minutes. Ça met beaucoup de pression!

Comme mon anecdote en début d’article le montre, les émissions de télé de poker peuvent parfois être plus difficiles à tourner qu’on ne le penserait. Lorsque je travaillais en Europe, nos budgets modestes nécessitaient de maximiser le temps de caméra. Les journées de tournage de 16 heures, bien que non quotidiennes, étaient fréquentes. Je me souviens d’une autre période intense où nous devions tourner deux émissions de poker différentes l’une après l’autre. Comme vous le savez, un tournoi ne se termine que lorsqu’un gagnant est couronné, alors l’équipe doit rester et continuer de tourner jusqu’à ce moment-là. 

Nous avions fait quatre journées consécutives de plus de 12 heures. Nous espérions tous que la table finale ne dure pas longtemps, car nous voulions dormir un peu avant de commencer l’autre émission le lendemain matin.

Pas de chance.

La table finale s’est terminée tard et après être retournée péniblement à l’hôtel, avoir retiré mon maquillage et m’être jetée au lit, il était déjà passé 5 h. Je devais retourner au travail à 9 h pour une autre journée de 12 heures où je devais avoir l’air en forme et alerte devant les caméras. C’était intense.

Les professionnels font leur travail jusqu’au bout 

Heureusement, les choses sont mieux réglementées à la WSOP, alors, plutôt que de simplement survivre à notre journée de travail, nous pouvons mettre tous nos efforts à réaliser la meilleure émission possible. Ma journée de travail normale lors de la partie estivale du Main Event commence vers 9 h 30 (possiblement 8 h 30 cette année en raison du changement des horaires de tournoi). Je commence par me faire coiffer et maquiller, et je consulte mes notes à cette étape pour planifier la journée. C’est l’un de mes moments préférés, car je suis une grande planificatrice. J’en profite alors pour faire de belles grandes listes de choses que j’aimerais faire et d’entrevues que j’aimerais réaliser.

Cependant, une fois que les parties ont commencé, la plupart de mes plans bien calculés partent souvent en fumée. Il n’empêche que c’est comme ça que j’aime commencer ma journée. Je préfère être prête très tôt, au cas où nous devrions réaliser une entrevue avec un joueur avant que la journée commence ou si quelque chose d’autre se produit à la dernière minute. Puis, c’est l’heure des réunions de production où nous discutons du déroulement de la journée, après quoi je me rends au département son pour qu’on installe mon micro et mon écouteur. Parfois, nous filmons quelques séquences avant le début du tournoi ou bien je discute avec les joueurs lorsqu’ils arrivent et retrouvent leur pile. Puis, les jetons sont lancés et nous continuons de tourner le plus de contenu de qualité possible jusqu’à ce que la partie se termine à la fin de la journée.

J’adore mon travail. J’adore vraiment mon travail. Pas nécessairement jusqu’au moindre détail, mais il serait bête de s’attendre à aimer parfaitement un emploi. Je ne peux pas imaginer quoi que ce soit d’autre qui me ferait autant plaisir et qui me stimulerait autant. C’est du poker, mais aussi de la télé. Qu’est-ce qui pourrait bien être plus excitant? Le fait même de rédiger ces mots pendant que je couvre le WSOP m’a fait me sentir heureuse et à ma place.

Il y a les équipes de tournage, du son, de l’éclairage et de la production; les techniciens, les réalisateurs et le personnel de soutien... Bref, c’est tout un collectif de gens qui fournissent leur part d’efforts pour assurer le bon déroulement des choses et faire en sorte que le WSOP ait la meilleure couverture télévisuelle possible. Après avoir travaillé ensemble pendant plusieurs années, je crois que nous y arrivons plutôt bien.

Le fait est que nous avons bien à cœur d’offrir un excellent produit final. Personne n’a l’impression de faire du simple 9 à 5. C’est une aventure intense, parfois fatigante et souvent satisfaisante, mais nous sommes tous soucieux du résultat.

Et nous espérons de tout notre cœur que vous appréciez notre travail. Le poker et la télé. Quoi demander de mieux?

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