Libratus a vaincu un homme au poker au NLHE... et alors?

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Tandis que le professeur Tuomas Sandholm félicite son jeune étudiant au doctorat Noam Brown, serions-nous en présence d’un moment marquant de l’histoire, semblable au déclenchement de la Première Guerre mondiale par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand?

Il n’y a pas eu de coup de fusil.

Il n’y a pas eu mort d’homme.

Néanmoins, après son intelligence artificielle, Libratus a battu quatre joueurs humains sur 120 000 mains de No-Limit Hold’em en Heads-Up. Je peux sentir l’odeur de poudre à canon à des lieues à la ronde.

Jason Les (-880 097), Jimmy Chou (-522 857), Daniel McAulay (-277 657) et Dong Kim (-85 649) ont tout simplement été vaincus par une machine qui était plus forte qu’eux. La défaite finale s’est décidée par 1 776 250 en jetons ou 14 big blinds par 100 mains.

« Nous avons reçu une vraie douche froide », a déclaré McAuley après la défaite.

C’est un tournant pour l’intelligence artificielle. Les machines ont réussi à battre les meilleurs joueurs humains aux échecs, à Atari et, plus récemment, au jeu de Go. Mais une machine n’avait jamais réussi jusqu’à présent à vaincre une personne dans un jeu où l’information est incomplète.

Libratus a été capable d’apprendre de ses erreurs, et ce, quotidiennement. Les quatre joueurs ont affirmé que la machine s’est sans cesse améliorée au cours de ces 20 journées et que ses faiblesses fondaient comme neige au soleil.

C’est là qu’est le problème.

Sa progression est sans limites.

Ces progrès de l’intelligence artificielle, combinés à ce moment historique, seront funestes pour la race humaine. Soit l’intelligence artificielle deviendra si performante qu’elle nous détruira de la même manière que nous détruisons une colonne de fourmis charpentières qui s’aventure dans notre maison, soit nous utiliserons l’intelligence artificielle pour nous détruire nous-mêmes.

D’aucuns se demandent si tout ceci sonne le glas de l’industrie du poker en ligne.

Oubliez cela.

C’est plutôt la fin du monde tout court qui nous inquiète.

Le spectre de l’intelligence dépasse les limites de l’entendement. Nous n’avons pas idée de ce qui arrivera lorsque l’intelligence artificielle sera si performante qu’elle supplantera nos propres neurones. La cadence de cette amélioration est sans importance. Sisyphe a pris un jour de congé et son rocher dévale la pente à toute allure. Personne ne saura l’arrêter.

Je sais ce que vous pensez.

Quel fataliste.

Vous avez peut-être raison. C’est pourquoi j’ai parlé à six joueurs professionnels de poker et à Bill Perkins, membre des Berlin Bears, pour leur demander ce qu’ils pensaient de Libratus et du rôle de l’intelligence artificielle dans le monde du poker et dans notre société en général.

Est-ce que les humains gagneront?

Avant le début du match, j’avais demandé aux panélistes de choisir un gagnant et 70 % d’entre eux croyaient que les humains auraient une légère longueur d’avance sur l’intelligence artificielle. Aucun d’entre eux ne pensait qu’il y aurait une victoire écrasante d’un côté ou de l’autre et la plupart des panélistes affirmaient que les résultats seraient serrés.

« Je pensais que les humains gagneraient et je pense encore que, indépendamment de ce premier tour, l’algorithme aura une faiblesse qui sera exploitable une fois déchiffrée », a affirmé le Global Poker Index Berlin Bear, Bill Perkins. « J’avais le pressentiment que le programme ne serait pas capable de varier suffisamment les changements d’éventails et la taille des mises d’un adversaire humain. Ceci ne revient pas à dire qu’une intelligence artificielle vraiment performante ne sera jamais construite pour se classer dans les meilleurs. Je crois qu’une des raisons pour lesquelles les développeurs ont été si silencieux au sujet du fonctionnement du programme est qu’il est exploitable. »

« Je m’attendais à ce que les joueurs humains gagnent, à condition qu’ils soient assez habiles mentalement pour essayer d’exploiter les tendances qu’ils décèlent du comportement de l’intelligence artificielle, tout en ne perdant pas de vue leurs connaissances des notions de base en tentant de "berner l’ordinateur" », a dit Niman « Samoleus » Kenkre.

« Je ne pensais pas que l’intelligence artificielle s’était assez améliorée », a dit le gagnant du bracelet World Series of Poker (WSOP), Andrew Barber. « Mais c’était plutôt idiot de ma part quand on regarde à quel rythme l’intelligence artificielle se développe et la possibilité de singularité technologique (lorsque les ordinateurs surpasseront l’intelligence humaine), prédite pour dans 10 ou 15 ans. »

Matt Ashton était le seul panéliste qui ne doutait pas un instant que Libratus gagnerait.

« Les humains ne gagneront pas ». a affirmé l’ancien gagnant du championnat des joueurs de poker WSOP, Matt Ashton. « Je me rappelle qu’avant le match, je me disais que l’intelligence artificielle se serait beaucoup améliorée par rapport à l’an dernier et qu’elle serait sans doute favorite. J’étais surpris de voir que certains misaient contre elle à 3 contre 1 sur 2+2 et Pokershares. »

Ashton parle de ce match où se sont affrontés l’intelligence artificielle Claudico et quatre joueurs humains en 2015. Les humains ont gagné la partie par 7300 big blinds, mais les membres de l’équipe de recherche avaient affirmé qu’ils en avaient assez appris pour faire les changements nécessaires pour vaincre les humains.

L’histoire leur a donné raison.

Est-ce que cela vous dérange si l’intelligence artificielle gagne et solutionne le NLHE?

Pour 57 % des panélistes, une victoire de Libratus est inquiétante. Cependant, comme Terrence Chan et Brian Rast le font remarquer, cette victoire ne signifie pas que le NLHE est solutionné. Cela signifie seulement que l’intelligence artificielle a battu les humains dans un match NLHE Heads-Up.

« Gagner ne signifie pas solutionner le NLHE », a dit Terrence Chan., pro de poker et adepte de combat libre (MMA). « Nous sommes encore loin d’une véritable solution d’équilibre au HU NLHE et je suis certain que les gens du Carnegie-Mellon l’admettront. »

« Il y a une différence entre une intelligence artificielle gagnante et la résolution du NLHE », a dit Brian Rast, plusieurs fois gagnant du bracelet WSOP. « Il faut aussi noter qu’on parle ici du HU NLHE et non du NLHE en général. L’intelligence artificielle n’a pas "solutionné" le HU NLHE. »

Bryan Paris a gagné 10 millions de dollars en jouant au poker. Il est donc préoccupé par cette victoire de Libratus.

« Bien sûr que tout cela me préoccupe », a affirmé Paris. « Mon métier deviendra peut-être complètement dépassé. »

Brian Rast a aussi des craintes au sujet de l’avenir du poker.

« Je croyais déjà que les jours du poker en ligne étaient comptés et j’en suis de plus en plus convaincu », a-t-il dit.

Matt Ashton et Chan pensent qu’il y a une certaine fatalité dans la croissance de l’intelligence artificielle et l’avenir du poker en ligne.

« Que des humains battent l’intelligence artificielle peut nous redonner confiance que le poker en ligne survivra un peu plus longtemps, mais sa fin me semble inévitable », a constaté Ashton.

« En tant qu’adepte de poker, je suis préoccupé par le fait inévitable que les ordinateurs surpasseront les humains. Que ceci survienne maintenant, l’an prochain ou en 2020 me touche plus ou moins », a dit Chan.

Andrew Barber croit que les conséquences de cette victoire de l’intelligence artificielle vont beaucoup plus loin que l’avenir du métier de joueur de poker en ligne.

« Je souhaitais que ce jeu devienne plus difficile à résoudre pour des raisons très égoïstes, mais je souhaite maintenant profiter de cette occasion pour en tirer une leçon », a dit Barber. « De toute façon, ceci démontre que les ordinateurs envahissent plusieurs métiers qui requièrent une certaine intelligence, nous devons donc commencer à regarder ce que nous ferons des personnes qui perdent leur emploi. Il semble que les perspectives d’emploi seront de plus en plus minces. »

Je suis d’accord avec Barber.

Selon le Bureau of Labor Statistics, il y avait 1,6 millions de camionneurs aux États-Unis en 2014, plus d’un demi-pourcent de la nation, avec un pouvoir d’achat de 0,3 % du PIB du pays.

Combien de temps encore avant de ne plus voir d’humains aux commandes de camions, d’avions, de bateaux, d’autobus et de trains?

Si l’intelligence artificielle gagne, est-ce la fin des professionnels de poker en ligne?

De tous les panélistes, Brian Rast a été le seul à affirmer que la fin du poker en ligne était proche, même s’il a admis qu’il croyait que les problèmes du poker en ligne avaient commencé bien avant Libratus.

« Le poker en ligne agonise, mais il agonisait déjà », a déclaré Rast. « C’est un point marquant d’un processus transitionnel qui était déjà en marche. »

Plusieurs panélistes croient que le poker en ligne Heads-Up est en péril, mais que, dans l’ensemble, l’industrie survivra.

« En fin de compte, les grosses mises disparaîtront sans doute », a dit Bryan Paris. 

« Pour certaines formes de Heads-Up, oui », a affirmé Andrew Barber. « Je crois que les parties à trois joueurs ou plus ne peuvent pas être résolues, mais je me trompe peut-être. »

La question de la mort du poker en ligne repose essentiellement sur la capacité des salles de poker en ligne à prévenir la prolifération des robots qui résultent des progrès de l’intelligence artificielle. Un point que Niman Kenkre nous fait bien remarquer.

« Cela dépend de quelle manière les exploitants pourront détecter et contrôler les robots qui utiliseront leurs sites », a-t-il dit. « Il ne leur sera pas trop difficile de mettre en place certaines mesures de prévention s’ils tiennent à leur intégrité en la matière. Mais cette menace n’aidera sûrement pas. Le poker en ligne n’est visiblement pas aussi florissant qu’il y a de cela 7-8 ans. Si l’intelligence artificielle devient encore meilleure, ce sera un autre coup dur, quoique pas nécessairement un coup fatal. » 

Terrence Chan et Matt Ashton croient tous deux que le poker en ligne n’est peut-être pas fort, mais qu’il n’est pas encore mort.

« Pas du tout » a répondu Terrence Chan lorsqu’on lui a demandé si le poker en ligne était mort. « Il y a d’autres jeux que le 200 bb HUNL. Même lorsqu’on sait que l’Université d’Alberta a complètement résolu le HU LHE, on trouve encore des joueurs de LHE en ligne. »

« Certainement pas déjà mort », a dit Matt Ashton. « Je pense aussi que les jeux mixtes multijoueurs sont un défi plutôt difficile à relever à long terme pour l’intelligence artificielle et que la puissance de processeur requise n’en vaut peut-être pas le coût. Ceci dit, qui sait quels efforts seront déployés. Je crois que les parties continueront pour des enjeux où les personnes ne se préoccuperont pas assez des robots ou des pertes que ceux-ci leur feront subir. Je ne crois pas qu’il soit impossible pour quelques joueurs de gagner leur vie à ces jeux. Il semble cependant qu’il y aura bien peu de place aux joueurs professionnels dans l’avenir. » 

Bill Perkins imagine un monde où les humains seront heureux de rivaliser avec les robots, comme le grand maître des échecs Garry Kasparov avait porté son attention sur la création de partenariats entre humains et intelligence artificielle après sa défaite contre l’intelligence artificielle Deep Blue.

« Je pense qu’il y a déjà des robots en ligne qui sont meilleurs que la moyenne des joueurs et qui peuvent bien jouer à des parties en mode ring games avec une supervision humaine », a dit Perkins. « Je ne pense pas que le poker en ligne soit mort, même s’il se transformera en raison de la prolifération d’intelligences artificielles de plus en plus fortes qui "solutionneront" le poker. Les joueurs joueront peut-être avec les robots en toute connaissance de cause, l’importance accordée aux pros baissera peut-être dans le monde en ligne alors que les amateurs recevront une rétroaction en temps réel sur leur manière de jouer. Le poker en ligne se transformera. » 

Est-ce qu’une intelligence artificielle pourra un jour remporter un bracelet WSOP? 

L’annonce du World Series of Poker (WSOP) de mettre en ligne trois événements bracelet, combinée à la perception de Bill Perkins que nous pourrons un jour voir des humains jouer de plein gré avec des robots, nous permet-elle de croire que nous verrons une intelligence artificielle remporter un bracelet?

La réponse fut un « non » écrasant, bien que des commentaires plutôt intéressants au sujet de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les tournois en direct soient ressortis de la discussion.

« Une intelligence artificielle pourrait facilement remporter un bracelet WSOP si un joueur humain avait l’autorisation de l’utiliser en jouant », a dit Paris. « Peut-être si les lunettes Google devenaient assez performantes? Cela ne devrait pas prendre trop de temps. » 

« Je miserais gros contre une intelligence artificielle même si elle était autorisée à jouer dans le WSOP, disons, avant 2025 », a dit Terrence Chan. « Dans un avenir probable, le poker continuera sans doute à être comme il est présentement. Les joueurs les plus brillants et les plus intelligents utiliseront des logiciels en dehors des tables pour peaufiner leur apprentissage du poker et pour intégrer des stratégies encore plus avancées dans leur jeu aux tables et en ligne. Comme les ordinateurs ne sont pas permis aux tables, les meilleurs joueurs seront ceux qui auront su le mieux intégrer les connaissances acquises par les logiciels à leur matière grise. » 

Perkins soulève ici de bons points au sujet du jeu « assisté par ordinateur ».

« Je ne pense pas qu’on laissera les robots jouer au WSOP, mais nous verrons du jeu assisté par ordinateur », a-t-il dit. « Par exemple, après chaque main, vous pouvez jeter un œil à votre position sur un tableau Snap Shove afin de vous aider à prendre vos décisions lors de la prochaine main... le prochain pas à franchir est que Snap Shove incorpore les piles de jetons des autres joueurs et l’historique des éventails afin de vous guider en fonction des possibilités de suivre, de passer, etc. » 

« Les pros jouent déjà du très bon poker en s’ajustant en fonction des éventails et des actions des autres… en ce moment, le joueur débutant peut jouer aussi bien qu’un pro lors des parties de tournois à moins de 15 bb en utilisant les tableaux Snap Shove, qui sont permis s’ils ne sont pas dans les mains du joueur. Ces répétitions successives amèneront l’intégration de la collaboration entre humains et machines. »

« J’imagine une application qui nous laisserait prendre des notes très facilement sur le jeu ou avec laquelle nous pourrions prendre des notes verbalement. La note verbale serait convertie en donnée, puis, durant une pause ou après chaque main, nous aurions accès à des tableaux mis à jour sur les actions à prendre selon les joueurs. Ces données seraient faciles à mémoriser. » 

Niman Kenkre aime bien l’idée d’affronter un robot.

« Je n’aurais pas de problèmes à rivaliser contre un robot », a-t-il soutenu. « Je pense que ce pourrait être plutôt chouette. C’est intéressant de réfléchir sur la façon de s’ajuster et d’optimiser son jeu face à un robot. »

Matt Ashton préférerait voir les robots s’affronter entre eux.

« Je n’aime pas l’idée de rivaliser avec les robots », a-t-il affirmé. « Je pense que les robots devraient avoir des compétitions séparées et que les humains puissent s’affronter ensemble, avec leurs capacités inférieures. » 

Est-ce qu’une intelligence artificielle pourra un jour remporter un WSOP ? « Peut-être si les lunettes Google devenaient assez performantes? »

Le créateur de Libratus a affirmé un jour que, dans la théorie du jeu, le NLHE était l’« ultime étape » de l’affrontement entre l’intelligence artificielle et les humains. L’objectif premier de la création de Libratus était de concevoir une intelligence artificielle au savoir général qui pourrait être lancée mondialement. Est-ce que cela vous inquiète?

En allant au-delà du poker, combien de nos panélistes sont, comme moi, inquiets des possibles répercussions de l’intelligence artificielle sur le monde en général d’un point de vue existentiel? Les avis semblent également partagés entre ceux qui sont inquiets, ceux qui ne le sont pas et ceux qui ne le savent pas.

Terrence Chan préfère se concentrer sur le bien que peut apporter l’intelligence artificielle à notre société.

« Il y a toujours une part d’inquiétude quand on pense aux robots qui pourraient prendre le contrôle du monde et nous éliminer, un peu comme dans le film Terminator. Mais, dans l’histoire de la civilisation humaine, la technologie a amélioré notre humanité, et ce, malgré le fait que chaque avancée technologique a toujours été virtuellement perçue (par son époque) comme une source potentielle de conséquences négatives », a dit Terrence Chan. « La venue de l’imprimerie, de la machine à vapeur, de la voiture, de la fission nucléaire... toutes ces choses ont d’abord été vues comme potentiellement dangereuses et l’étaient de plusieurs façons, mais je crois fermement qu’elles ont rendu l’humanité meilleure dans l’ensemble. » 

Brian Rast a des sentiments mitigés sur la question.

« Le potentiel d’une intelligence artificielle plus puissante pour résoudre des problèmes est immense et nous devrions être heureux des possibilités que cela apportera à l’humanité », a-t-il dit. « Il y a cependant un revers à la médaille. Cette même puissance pourrait être utilisée pour les mauvaises raisons (comme c’est le cas pour toute technologie puissante). L’intelligence artificielle en elle-même peut aussi être un risque pour l’humanité en provoquant une crise existentielle. Il existe une théorie assez répandue sur la singularité technologique. Elle émet l’idée que, si l’intelligence artificielle devient sensible et lorsqu’elle le deviendra, elle sera immédiatement beaucoup plus intelligente que les êtres humains et pourra décider de nous éliminer si nous n’avons pas pris les précautions sur la manière dont ce sera fait et la façon dont elle est programmée. » 

Comme le début de l’apocalypse :

« Je suis très inquiet de la possibilité que l’intelligence artificielle soit lancée dans le monde, pour des raisons qui sont évidentes, mais aussi d’autres qui ne le sont pas », a affirmé Bill Perkins. « Lorsqu’une nouvelle technologie survient, elle améliore souvent nos vies, mais les avantages que les riches et les richissimes obtiennent créent souvent de plus en plus d’inégalités de la richesse. » 

« L’intelligence artificielle est un des créateurs d’inégalités de la richesse les plus rapides. L’inégalité de la richesse mènera ultimement à la violence, au chaos, à la criminalité et à l’instabilité. Si on compare une personne pauvre qui habite aux États-Unis aujourd’hui avec le roi George III, notre contemporain est mieux nanti sur la plupart — et probablement l’entièreté — des points. Ce qui conduit au crime et au désespoir, c’est la richesse relative. »

« L’intelligence artificielle peut radicalement changer la distribution des richesses. Supposons que l’intelligence artificielle résout le problème du vieillissement pour certaines personnes qui pourraient alors vivre jusqu’à 200, voire même 500 ans. Ce type de pauvreté relative serait catastrophique. C’est ce qui m’inquiète de la singularité technologique et de l’intelligence artificielle : beaucoup de gens mourront ou le chaos s’installera au fur et à mesure que nous nous approcherons de la singularité technologique, de sorte que nous ne la verrons jamais ou alors que très peu d’entre nous arriveront à survivre jusque-là. L’humanité doit être proactive face à ce problème alors que notre société se transforme en une société qui aura éliminé tous les emplois de conducteurs, de nombreux emplois dans les usines, quelques-uns des emplois en programmation, etc. Comment ces personnes peuvent-elles gagner leur pain en attendant? Le crime semble être la réponse tout indiquée dans cette situation. »

Matt Ashton et Andrew Barber sont également inquiets.

« Je ne saisis pas tous les dangers potentiels de l’intelligence artificielle, mais, à court terme, je m’attends à voir des retombées presque uniquement positives des progrès de l’intelligence artificielle », a dit Ashton. « En même temps, je peux imaginer que tout cela peut éventuellement aller trop loin, par exemple si l’intelligence artificielle optimise certaines fonctions qui entrent en conflit avec la moralité de la majorité des gens. »

« Je suis extrêmement inquiet », a confié Andrew Barber. « Plusieurs personnes de la Silicon Valley et d’un peu partout se disent très inquiètes du risque existentiel que présente l’intelligence artificielle. »

« Le spectre de l’intelligence dépasse les limites de l’entendement. »

Vous souciez-vous de ce qui arrivera dans 100 ans?

La plupart d’entre nous ne verront certes pas les êtres humains redevenir singes alors que l’intelligence artificielle prend les commandes.

J’ai demandé aux panélistes s’ils se souciaient du sort de l’humanité et de ce qui lui arrivera dans 100 ans. Les réponses étaient unanimement affirmatives.

« Oui, je me soucie de ce qui arrivera à l’humanité dans 100 ans », a dit Bill Perkins. « Il y a de fortes chances que mes enfants soient vivants pour profiter de ce monde... ou en souffrir. Il y a une très petite chance que je sois là aussi. »  

« L’un des plus gros problèmes auxquels sont confrontés les humains est de se soucier du sort des autres, et non seulement de leurs proches. C’est l’une des principales raisons pourquoi il y a encore tant de souffrances dans le monde. Comme le temps et la distance sont (relativement) liés au même problème, la véritable question est de savoir si je me soucie assez de ce qui arrivera dans 100 ans. De la même façon qu’on me demanderait si je me soucie suffisamment des enfants qui souffrent de la famine ou de la guerre. »

« Oui, mais il est difficile de projeter les problèmes actuels dans le futur », a dit Niman Kenkre. « Je fais entièrement confiance à l’âme humaine et à l’esprit humain. Je pense que les humains continueront à innover afin de trouver des solutions aux problèmes qui surviendront et croîtront dans le futur. »   

« Oui, je m’en soucie un peu. C’est une des raisons pour lesquelles le réchauffement climatique est pour moi l’un des principaux enjeux », a déclaré Brian Rast.

Andrew Barber croit que nous avons de plus gros problèmes à régler plutôt que de soucier du sort de la planète dans 100 ans.

« Je pense que nous devons d’abord nous inquiéter du fait de nous rendre ou pas jusque-là », a-t-il dit. « Les gens ignorent beaucoup trop l’avenir. De sérieux problèmes se pointent et nous devons les régler, comme les changements climatiques et "l’intelligence artificielle tueuse". »  

Et, sur le plan émotionnel, que pense notre panel de l’intelligence artificielle?

J’ai demandé aux membres du groupe comment ils se sentaient lorsqu’ils pensaient à l’intelligence artificielle.

« Je suis optimiste, je fonde donc plus d’espoir que de craintes, mais je crois que la société sera radicalement transformée, d’une façon que nous ne pouvons pas imaginer pour le moment », a dit Bryan Paris.  

« Ma première réaction pourrait être négative, mais, dans l’ensemble, je la vois sous un angle positif », a affirmé Terrence Chan.  

« Je suis à la fois excité et effrayé », a confié Bill Perkins. « Les humains ont tendance à ne pas bien utiliser la technologie et leurs découvertes, que ce soit les explosifs, la biotechnologie, les produits chimiques, la physique, etc. L’intelligence artificielle a de très nombreuses et merveilleuses applications, mais elle est un outil qui a son côté tranchant et, contrairement au simple couteau, ce côté tranchant est extrêmement plus puissant et ses conséquences beaucoup beaucoup plus lourdes. »  

« Un mélange d’appréhension et de scepticisme », a dit Andrew Barber.  

Que pensez-vous qu’il adviendra de l’industrie des jeux de hasard d’ici 50 ans si nous développons une intelligence artificielle surhumaine?  

La plupart croient que les jeux de hasard existeront toujours, quoique dans un monde différent.

« Ce sera certainement la fin du poker en ligne », a affirmé Bryan Paris. « Je présume que les gens miseront encore sur les sports ou se rendront dans les casinos. Le poker en salles pourra survivre aussi longtemps qu’on réussira à empêcher des joueurs d’apporter un puissant ordinateur avec eux à la table. De plus, les gens auront plus de temps pour jouer car la plupart des emplois auront disparu. »  

« Les jeux de hasard sont une de ces choses excitantes de notre monde car ils s’adressent à nos instincts primitifs que nous avons du mal à contrôler », a affirmé Terrence Chan. « Dans 50 ans, nous aurons peut-être des implants cérébraux qui nous permettront d’activer ou de désactiver notre production de dopamine et nous n’aurons plus besoin du jeu, du sexe ou de la nourriture pour connaître des sensations fortes. Mais, sinon, les jeux de hasard seront toujours bien présents. »

« Peut-être qu’éventuellement, l’intelligence artificielle conclura que les jeux de hasard sont nocifs pour nous et qu’elle nous incitera à nous en débarrasser », a dit Matt Ashton.

« La fosse semble être passablement immunisée aux gens qui deviennent plus intelligents! » a dit Andrew Barber.

« Je pense que plus personne ne jouera au poker en ligne pour gagner de belles sommes d’argent », a dit Brian Rast. « On y jouera plus comme on joue aux échecs aujourd’hui. Je crois que le poker sera encore joué en direct et, dans les tournois, les joueurs ne pourront pas s’aider de la technologie. »  

« Je crois que, mis à part le poker, les jeux de hasard existeront toujours, sous la forme de casinos ou d’autres jeux, parce que l’intelligence artificielle n’a pas d’effet sur la décision des gens de miser leur argent sur des jeux à faible EV. Les mauvaises prises de décision existeront toujours », a-t-il ajouté.  

Une mauvaise prise de décision?

Je ne peux m’empêcher de penser à ces derniers mots de Brian.

Est-ce que Libratus en est une?

Est-ce que l’équipe de Carnegie Mellon a fait une erreur?

C’est Sam Harris qui m’a rappelé que les circuits électroniques fonctionnent un million de fois plus vite que nos neurones, ce qui signifie que l’intelligence artificielle peut abattre 20 000 ans de « travail » chaque semaine. Comment pouvons-nous même penser concevoir ce que cela signifie pour la race humaine?

Nous ne le pouvons pas.

Mais je souhaite remercier mes sept panélistes pour avoir tenté de le faire.

Bryan Paris, Terrence Chan, Bill Perkins, Niman Kenkre, Matt Ashton, Andrew Barber et Brian Rast.

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